Parties prenantes

Les personnes, communautés et institutions concernées par l’avenir du CHM

Le CHM de Montalivet n’est pas seulement un site à exploiter, un terrain à gérer ou une destination touristique à commercialiser. C’est un lieu vivant, traversé par des histoires, des usages, des attachements, des conflits, des saisons, des familles, des travailleurs, des visiteurs, des résidents, des voisins et des institutions.

Une future Fondation CHM ne devrait donc pas inventer artificiellement des “parties prenantes” pour donner une apparence participative à ses décisions. Elle devrait reconnaître les personnes, communautés et institutions qui font déjà exister le lieu, en dépendent, le transmettent, le contestent ou pourraient en hériter.

Identifier les parties prenantes ne signifie pas que toutes auraient le même rôle juridique, le même pouvoir de décision ou les mêmes intérêts. Cela signifie que l’avenir d’un patrimoine vivant ne devrait pas être décidé comme s’il ne concernait qu’un propriétaire, un exploitant ou un investisseur.

Un lieu vivant implique plusieurs voix

Un lieu naturiste historique produit plus qu’un chiffre d’affaires. Il produit des souvenirs, des habitudes, des relations sociales, des apprentissages corporels, une culture de confiance, des conflits parfois, et une forme particulière de liberté collective.

Ces dimensions ne peuvent pas être comprises uniquement depuis un bureau, un contrat ou un tableau financier. Elles doivent être entendues à travers celles et ceux qui vivent le lieu, le visitent, y travaillent, l’étudient, le protègent, l’aiment ou s’en inquiètent.

Une gouvernance d’intérêt public devrait donc partir d’un principe simple : aucune voix ne possède seule le CHM, mais certaines voix ne devraient jamais être ignorées.

La Commune et le territoire local

La Commune de Vendays-Montalivet occupe une place centrale. Le CHM existe sur son territoire, dans son histoire locale, son économie, son environnement littoral et son avenir politique.

Une future Fondation CHM devrait respecter le rôle de la Commune, de ses élus, de ses habitants et de ses services. Elle ne devrait pas se présenter comme un pouvoir parallèle, ni comme une institution extérieure venue expliquer au territoire ce qu’il devrait devenir.

Son ambition devrait plutôt être de démontrer qu’une gouvernance d’intérêt public pourrait mieux servir la Commune : par une meilleure transparence, une meilleure préservation du patrimoine, une contribution économique plus lisible, une gestion plus responsable des équipements et une relation plus équilibrée entre intérêt local et rayonnement international.

Le territoire local ne devrait pas être traité comme un décor. Il est l’un des premiers bénéficiaires possibles d’une fondation bien conçue.

Résidents, propriétaires de bungalows et habitués

Les résidents, propriétaires de bungalows, occupants réguliers et habitués du CHM portent une partie essentielle de la mémoire du lieu. Ils connaissent les transformations lentes, les usages concrets, les habitudes de voisinage, les formes de solidarité, les difficultés d’entretien, les fragilités invisibles et les détails qu’une gestion lointaine peut facilement manquer.

Leur attachement ne devrait pas être réduit à un intérêt privé. Beaucoup participent à la continuité humaine du CHM. Ils peuvent transmettre des récits, signaler des problèmes, défendre des pratiques naturistes anciennes, accueillir de nouveaux visiteurs et maintenir une forme de culture quotidienne qui ne se décrète pas.

Une future Fondation devrait donc trouver des moyens clairs, respectueux et non clientélistes d’entendre ces voix, sans confondre attachement ancien et droit illimité à décider pour tous.

Visiteurs, familles et nouveaux publics

Le CHM n’appartient pas seulement à ceux qui le connaissent déjà. Il doit aussi pouvoir accueillir des visiteurs occasionnels, des familles, des jeunes adultes, des personnes découvrant le naturisme, des personnes venues d’autres pays, et des publics qui se demandent si un lieu de nudité sociale non sexuelle peut être sûr, digne et accueillant.

Le renouvellement du naturisme dépend de cette capacité d’accueil. Un lieu historique qui ne parle qu’à ses habitués risque de devenir un musée fermé sur lui-même. Un lieu qui oublie ses habitués risque de perdre son âme.

La Fondation devrait donc penser ensemble la continuité et l’ouverture : transmettre le caractère du CHM tout en le rendant lisible, accessible et rassurant pour celles et ceux qui n’en possèdent pas encore les codes.

Cela implique une attention particulière aux femmes, aux enfants, aux personnes LGBTQIA+, aux personnes trans et intersexes, aux personnes handicapées, aux personnes âgées, aux personnes seules, aux personnes économiquement fragiles et à tous les corps que la société ordinaire tend parfois à surveiller, juger ou exclure.

Travailleurs, commerces et saisonniers

Un lieu touristique et naturiste repose aussi sur le travail. Agents d’accueil, personnels d’entretien, équipes techniques, surveillants, commerçants, restaurateurs, soignants, animateurs, saisonniers, artisans et prestataires participent tous à l’expérience réelle du CHM.

Leur rôle est souvent moins visible que celui des visiteurs, mais il est indispensable. Sans entretien, sans sécurité, sans services, sans accueil, sans travail quotidien, aucun patrimoine vivant ne peut être transmis.

Une future Fondation devrait reconnaître cette dimension sociale. Les conditions de travail, la qualité des équipements, la formation au cadre naturiste non sexuel, la prévention du harcèlement, la sécurité des personnes et le respect des saisonniers ne devraient pas être considérés comme des questions secondaires.

La dignité corporelle ne concerne pas seulement les visiteurs nus. Elle concerne aussi celles et ceux qui travaillent dans un environnement naturiste et qui doivent pouvoir exercer leur métier dans un cadre clair, respectueux et protégé.

Institutions naturistes existantes

Le naturisme possède déjà ses institutions, ses fédérations, ses associations, ses centres, ses clubs, ses réseaux militants, ses traditions nationales et internationales. Une future Fondation CHM ne devrait pas se présenter comme une autorité supérieure à ces structures.

Son rôle pourrait être complémentaire : documenter, accueillir, relier, soutenir la recherche, organiser des rencontres, préserver des archives, expérimenter des modèles de gouvernance d’intérêt public et mettre en valeur le rôle historique du CHM dans le mouvement naturiste.

Cette coopération devrait être diplomatique, explicite et respectueuse. La Fondation pourrait contribuer au naturisme mondial sans prétendre le gouverner. Elle pourrait être un centre de ressources, non un centre de pouvoir.

Chercheurs, artistes, journalistes et partenaires culturels

Le CHM mérite aussi d’être pensé, étudié, raconté et représenté. Son histoire touche à l’urbanisme, au droit, au tourisme, à l’écologie, au corps, à la famille, au genre, au vieillissement, à la sexualisation des sociétés, aux libertés publiques, à l’économie locale et à la transmission culturelle.

Chercheurs, artistes, journalistes, écrivains, photographes, cinéastes, archivistes, musées, universités et institutions culturelles pourraient aider à rendre ces dimensions visibles.

Une future Fondation devrait accueillir cette production de savoir et de culture sans la contrôler abusivement. Elle devrait protéger l’indépendance intellectuelle, la liberté de la presse, la critique loyale et le droit de documenter un lieu d’intérêt public.

Le patrimoine vivant ne se conserve pas seulement par des travaux et des budgets. Il se conserve aussi par des récits, des images, des archives, des études, des débats et des œuvres.

Générations futures

Certaines parties prenantes ne peuvent pas encore parler. Les enfants d’aujourd’hui, les visiteurs de demain, les futurs habitants du territoire, les futurs naturistes et les générations qui hériteront du littoral aquitain devraient pourtant être pris en compte.

Une décision de court terme peut détruire une valeur que personne ne pourra recréer ensuite. Une gouvernance d’intérêt public devrait donc se demander régulièrement : que restera-t-il du CHM dans dix, vingt, cinquante ans ?

Les générations futures n’ont pas besoin de slogans. Elles auront besoin d’un site entretenu, d’un environnement protégé, d’une mémoire conservée, d’une culture naturiste intelligible, d’une économie locale respectée et d’institutions capables de ne pas tout vendre au présent.

Écouter sans confisquer la parole

Reconnaître des parties prenantes ne signifie pas parler à leur place. Une future Fondation CHM devrait éviter deux erreurs opposées : ignorer les voix concernées, ou prétendre les représenter toutes.

Elle devrait plutôt créer des conditions d’écoute, de publication, de réponse et de correction. Elle pourrait organiser des consultations, recueillir des témoignages, publier des synthèses, signaler les désaccords, distinguer les faits des opinions et expliquer les raisons de ses décisions.

L’écoute ne devrait pas devenir une décoration participative. Elle devrait constituer une limite imposée au pouvoir.

Une carte des responsabilités

Les parties prenantes du CHM ne formeraient pas un bloc homogène. Leurs intérêts pourraient diverger. Les résidents ne penseraient pas toujours comme les visiteurs. Les travailleurs ne vivraient pas le lieu comme les vacanciers. La Commune pourrait avoir des priorités différentes de celles des fédérations naturistes. Les objectifs économiques, écologiques, sociaux, patrimoniaux et culturels pourraient entrer en tension.

Une gouvernance sérieuse ne doit pas nier ces tensions. Elle doit les rendre visibles, les documenter et chercher des arbitrages justifiables.

La Fondation CHM, si elle voyait le jour, devrait donc considérer les parties prenantes non comme une liste décorative, mais comme une carte des responsabilités. Cette carte rappellerait que le CHM est trop important pour être gouverné par une seule logique : ni pure logique financière, ni pure nostalgie, ni pure communication, ni pure autorité institutionnelle.

Son avenir devrait être pensé à partir du lieu vivant lui-même — et de toutes les voix qui, d’une manière ou d’une autre, permettent encore à ce lieu d’exister.