La transition ne concerne pas seulement le passage d’un modèle actuel vers une future Fondation CHM. Elle concerne aussi la continuité du projet si son initiateur décède, devient incapable, cesse de pouvoir l’administrer, ou si la fondation ne peut pas être constituée. À ce stade, le seul actif que l’initiateur souhaite affecter à ce projet est le nom de domaine chm-montalivet.org. Ce domaine devrait être protégé comme un actif de mission : non vendable à des intérêts privés, non capturable par des acteurs politiques ou commerciaux, et transmissible uniquement à une personne morale poursuivant un but compatible.
Les quatre volets ci-dessous proposent une lecture plus philosophique de cette continuité : d’où vient l’idée, comment elle se vit au présent, quel monde elle pourrait servir, et ce qui arrive lorsque la coopération se défait.
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Avant les fondations, les contrats, les marques et les domaines internet, il y eut des corps dans le monde.
Democrite avait imaginé un univers composé d’atomes et de vide. Epicure en tira une leçon de liberté : si le monde n’est pas gouverné par la terreur divine, les humains peuvent chercher une vie plus simple, plus juste et moins douloureuse.
Le CHM appartient à cette longue histoire des corps : corps humains, corps vivants, corps matériels, corps exposés au soleil, au vent, aux pins, au sable et à la mer.
La Fondation CHM, si elle voyait le jour, ne devrait donc pas être un nouvel empire posé sur les corps. Elle devrait être une manière modeste de les laisser mieux vivre ensemble.
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Dans une lecture épicurienne, le plaisir n’est pas l’excès. Il est d’abord la diminution de la douleur, de la peur, de la honte inutile et de la dépendance.
Un lieu naturiste peut rendre cette idée concrète : marcher simplement, respirer, n’avoir pas honte de son corps, manger sobrement, parler librement, rire sans domination, dormir sans peur, trouver une amitié sans possession.
La Fondation CHM ne devrait pas promettre le bonheur administré. Elle devrait seulement protéger les conditions dans lesquelles un bonheur simple peut exister : sécurité, confiance, dignité corporelle, entretien du lieu, modération des pouvoirs et respect des différences.
Le plaisir devient politique lorsqu’il cesse d’exiger la souffrance cachée des autres.
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L’utopie CHM ne serait pas un paradis spectaculaire. Ce serait peut-être un jardin suffisamment bien gouverné pour que personne n’ait besoin de le posséder.
Humains, enfants, anciens, visiteurs, travailleurs, pins, dunes, poissons, insectes, protozoaires, pierres, eau, sable et atomes y auraient chacun leur manière d’exister. Tous ne parleraient pas. Tous ne voteraient pas. Mais tous compteraient dans la manière de décider.
Une Fondation CHM juste ne gouvernerait pas seulement pour les usagers visibles. Elle gouvernerait aussi pour ce qui ne peut pas se défendre facilement : les générations futures, les sols, les arbres, les archives, la mémoire, les corps vulnérables et les formes minuscules du vivant.
Le monde ne serait pas parfait. Il serait simplement moins capturé.
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Epicure ne nous demande pas de craindre un enfer après la mort. Mais les vivants savent fabriquer des enfers avant de mourir.
Un lieu devient infernal lorsque la coopération se défait : lorsque les humains cessent d’écouter, lorsque les arbres deviennent décor, lorsque les animaux deviennent nuisance, lorsque les pierres deviennent seulement du foncier, lorsque les archives deviennent menace, lorsque les corps redeviennent honteux, lorsque l’argent circule vers le haut et que les douleurs restent sur place.
Alors les atomes continuent d’exister, mais le monde commun se désagrège.
La Fondation CHM devrait servir à éviter cette chute : empêcher que le CHM devienne un lieu où chacun extrait sa part avant de partir, laissant derrière lui moins de confiance, moins de beauté, moins de mémoire et plus de peur.
L’enfer n’est pas sous la terre. Il commence quand plus personne ne prend soin du jardin.