Raison d’être
Pourquoi imaginer une Fondation CHM ?
Le Centre Hélio-Marin de Montalivet n’est pas seulement un camping, un village de vacances ou un actif économique. C’est un lieu fondateur du naturisme international, un paysage littoral fragile, une communauté humaine, une mémoire sociale, un ensemble de pratiques corporelles non sexuelles et un patrimoine vivant à transmettre.
Lorsqu’un tel lieu est gouverné principalement comme une activité commerciale, une partie de sa valeur risque de devenir invisible : histoire, culture, environnement, vie communautaire, droits des usagers, transmission intergénérationnelle et contribution au bien commun. La raison d’être d’une Fondation CHM serait de donner à ces valeurs une forme institutionnelle durable, indépendant des opérateurs commerciaux, des investisseurs, des autorités locales actuellement au pouvoir et de toute fédération susceptible de favoriser certains acteurs au détriment d'autres.
Un vide de représentation au CHM
Au moins cinq associations à but non lucratif composées de personnes physiques sont aujourd’hui identifiables autour du CHM de Montalivet : ANM, ADUN CHM, Respect–Santé–Nature, MontAmis et MontaFreunde France. Elles représentent, selon des modalités différentes, des propriétaires de bungalows, résidents, visiteurs, usagers ou personnes attachées à l’identité naturiste du lieu. Pourtant, aucune de ces associations ne semble apparaître dans l’annuaire public de la Fédération française de naturisme comme association affiliée au CHM. En revanche, un seul établissement commercial, géré par un « European Camping Group » dont la nature n’est pas clairement définie et bénéficiant du soutien de la mairie, figure largement dans les annuaires fédéraux comme un lieu dédié aux activités naturistes et à l’hébergement.
Cette différence ne prouve pas que la FFN aurait volontairement exclu les associations du CHM. Celles-ci peuvent avoir choisi de ne pas s’affilier, avoir quitté la Fédération, ne pas remplir ses conditions d’admission ou entretenir avec elle des relations non publiées. Mais l’effet public reste remarquable : la structure commerciale qui exploite le domaine est facilement identifiable dans le réseau fédéral, tandis que les organisations civiles constituées par ses usagers demeurent largement invisibles.
Une fédération non lucrative, mais ouverte statutairement aux intérêts commerciaux
La Fédération française de naturisme est juridiquement une association à but non lucratif régie par la loi de 1901. Cette qualité ne signifie cependant pas que sa gouvernance soit exclusivement associative.
Ses statuts distinguent les associations naturistes des « entités naturistes à caractère non associatif ». Ces dernières peuvent participer aux assemblées générales, voter et prendre part aux décisions fédérales. Les statuts justifient expressément cette participation par la forte proportion de clients licenciés qu’elles apportent à la Fédération. Ils prévoient également deux administrateurs issus de ces entités non associatives au sein du conseil d’administration. Les exploitants commerciaux ne sont donc pas de simples annonceurs extérieurs à la FFN. Ils peuvent disposer d’une influence institutionnelle formelle au sein d’une association nationale censée représenter le mouvement naturiste français. Cette organisation n’est pas nécessairement illégitime. Les centres de vacances rendent possible une grande partie de la pratique naturiste. Mais elle soulève une question essentielle lorsque les intérêts économiques d’un exploitant entrent en conflit avec ceux de résidents, d’usagers, de propriétaires de bungalows, d’associations locales ou du patrimoine historique d’un lieu.
Une visite présidentielle révélatrice
Un article officiel de la FFN porte le titre :
« Le Président, à la rencontre des associations et des clubs »
L’article relate effectivement plusieurs rencontres avec des associations et des structures naturistes dans le sud de la France. Mais au CHM de Montalivet, il ne mentionne aucune rencontre avec ANM, ADUN, Respect–Santé–Nature, MontAmis ou MontaFreunde France. Il indique au contraire que le président de la FFN, accompagné du président régional d’Aquitaine, a rencontré « les directions du CHM de Montalivet et d’Euronat ». Les échanges sont qualifiés de « très constructifs » et concernent notamment le respect de la nudité et l’organisation d’un tournoi sportif. Cela ne démontre ni corruption, ni collusion, ni accord secret avec les propriétaires financiers de SocNat SA. Cela révèle néanmoins une hiérarchie institutionnelle : lors de cette visite officielle, la direction commerciale apparaît comme l’interlocuteur reconnu de la Fédération au CHM, tandis que les associations de personnes physiques liées au lieu ne sont pas mentionnées.
La question d’intérêt public devient alors :
Qui représente le naturisme au CHM : l’entreprise qui exploite commercialement le domaine, ou les personnes et associations qui y vivent, y séjournent, l’entretiennent, le défendent et en transmettent la culture ?
Une représentation internationale dépendante d’un interlocuteur national unique
La Fédération naturiste internationale — INF-FNI — ne reconnaît qu’une seule fédération nationale membre par pays. Pour la France, cet interlocuteur est la Fédération française de naturisme. Les associations françaises non affiliées à la FFN ne disposent donc pas d’une voie nationale équivalente de représentation au sein de l’INF-FNI. Cette organisation pyramidale peut faciliter la coordination internationale. Elle peut aussi amplifier les déséquilibres existant au niveau national. Lorsque la fédération reconnue entretient des relations étroites avec des exploitants commerciaux, les associations locales non affiliées peuvent devenir presque invisibles aux yeux de l’institution internationale.
La commercialisation progresse aussi au niveau international
L’INF-FNI demeure une organisation non lucrative dirigée principalement par des fédérations et des bénévoles. Ses publications récentes montrent néanmoins une volonté explicite de développer des relations commerciales. Son programme de « corporate partners » permet à des entreprises, centres de vacances et autres organismes de recevoir un logo de partenaire, de la publicité gratuite sur le site de l’INF-FNI et un accès à ses rencontres internationales. Les partenaires ne disposent pas du droit de vote, mais peuvent assister au Congrès mondial et aux réunions d’EuNat. En janvier 2026, le Comité central a envisagé que certains partenaires puissent être acceptés contre paiement d’une somme déterminée au cas par cas lorsqu’ils ne pouvaient pas offrir un avantage particulier aux membres.
En mai 2026, il a discuté de la création d’un rôle de responsable commercial chargé de rechercher publicité et parrainages. Le procès-verbal précise que la stratégie proposée ne concernait pas directement la promotion du naturisme, mais la production de revenus, et suggère que des entités désirant être associées à l’INF-FNI devraient payer pour cette association. Ces documents ne prouvent pas que l’INF-FNI soit contrôlée par des entreprises ou des investisseurs privés. Ils établissent toutefois que l’accès à sa visibilité, à son logo et à ses espaces institutionnels fait désormais l’objet d’une stratégie commerciale. Le risque n’est donc pas seulement une prise de contrôle formelle. Il est celui d’une transformation progressive du naturisme organisé en marché de licences, de réductions, de publicité, de destinations touristiques et de partenariats payants.
Pourquoi une fondation indépendante ?
Une Fondation CHM n’aurait pas vocation à remplacer les associations existantes, la FFN ou l’INF-FNI. Elle offrirait une forme institutionnelle différente. Une fondation reconnue d’utilité publique pourrait affecter durablement un patrimoine à une mission d’intérêt général, recevoir des dons et des legs, conserver des archives, soutenir la recherche, protéger un paysage, financer des activités culturelles et organiser une gouvernance soumise à des obligations renforcées de transparence et de contrôle. Sa gouvernance devrait empêcher qu’un exploitant, investisseur, fédération, association particulière ou collectivité publique puisse s’en assurer seul le contrôle. Elle devrait représenter plusieurs catégories de parties prenantes : Commune, associations, résidents, propriétaires de bungalows, visiteurs, salariés, chercheurs, défenseurs de l’environnement et mouvement naturiste international.
Elle devrait également adopter des règles que les structures existantes ne rendent pas toujours visibles :
publication des intérêts et conflits d’intérêts ;
transparence des financements et partenariats ;
absence de partenariat accordé simplement contre paiement ;
examen des bénéficiaires économiques ultimes ;
protection de l’indépendance éditoriale et scientifique ;
représentation effective des personnes physiques ;
affectation irrévocable des ressources à la mission d’intérêt général.
Une lacune institutionnelle dans le paysage français
Malgré l’importance historique du naturisme en France, aucune fondation française dont la mission principale serait explicitement consacrée à la philosophie, à la pratique, à l’histoire et au patrimoine du naturisme n’a jusqu’à présent été identifiée par les recherches conduites pour ce site. Ce constat doit rester ouvert à correction : une fondation abritée, un fonds de dotation ou une autre personne morale peu visible peut avoir échappé à la recherche. Toute information contraire est bienvenue.
Cette lacune institutionnelle ne signifie toutefois pas qu’il n’existe aucune initiative culturelle ou archivistique importante. La Bibliothèque Naturiste, créée par Bruno Saurez, rassemble et rend accessibles de très nombreuses archives relatives à l’histoire du naturisme en France et dans d’autres pays. Elle comprend notamment un ensemble consacré à Montalivet, des documents sur le CHM dans les années 1950 et 1960, des revues naturistes historiques ainsi que des éléments présentés autour de l’exposition Paradis naturistes au Mucem. Selon les précisions communiquées par son créateur, La Bibliothèque Naturiste n’est juridiquement ni une fondation ni une association. Elle constitue donc non pas une réponse à la question institutionnelle posée ici, mais une initiative patrimoniale majeure, complémentaire du projet envisagé.
Une future Fondation CHM ne devrait ni reproduire inutilement ni s’approprier le travail documentaire déjà accompli. Elle pourrait, avec l’accord des personnes concernées et dans le respect de la provenance des collections, référencer ces ressources, soutenir leur conservation, faciliter leur étude et développer des coopérations entre archivistes, témoins, chercheurs et institutions patrimoniales. L’absence apparente d’une structure juridiquement constituée et durablement dotée renforce ainsi l’utilité d’examiner sérieusement la création d’une institution naturiste non lucrative capable de posséder, protéger, recevoir, étudier et transmettre — plutôt que seulement exploiter, commercialiser ou promouvoir des séjours.
De l’exploitation à l’intendance
La raison d’être d’une Fondation CHM peut finalement être résumée ainsi :
Créer une institution qui ne dépende ni de la valeur marchande du CHM, ni du nombre de réservations qu’il génère, ni de la puissance financière de ses exploitants, mais de sa valeur humaine, culturelle, écologique, historique et naturiste.
Un patrimoine vivant ne devrait pas seulement être exploité. Il devrait être compris, entretenu, protégé, transmis et rendu responsable devant celles et ceux qu’il concerne.
La Fondation CHM décrite ici n’existe pas encore juridiquement. Cette page explique pourquoi une telle institution mérite aujourd’hui d’être imaginée, discutée, critiquée et, peut-être, fondée.