Au service de qui ?

Une fondation ne devrait pas se servir elle-même

La question “au service de qui ?” est plus importante que la question “qui dirige ?”

Une fondation d’intérêt public ne devrait pas commencer par son organigramme, son image ou son pouvoir. Elle devrait commencer par son devoir.

La Fondation CHM, si elle voyait le jour, ne devrait pas servir un fondateur, un exploitant, un investisseur, un groupe fermé, une stratégie commerciale ou une institution soucieuse d’abord de se protéger elle-même. Elle devrait servir une mission : protéger, entretenir, transmettre et faire vivre le CHM de Montalivet comme patrimoine naturiste d’intérêt public.

Une institution devient dangereuse lorsqu’elle oublie qu’elle est un outil. La Fondation CHM devrait donc rester subordonnée au lieu vivant qu’elle prétend servir.

Le CHM comme lieu vivant

Le premier bénéficiaire de la Fondation serait le CHM lui-même : non pas comme marque, surface exploitable ou actif touristique, mais comme lieu vivant.

Servir le CHM signifierait prendre soin de ses espaces communs, de ses équipements, de ses chemins, de ses arbres, de ses dunes, de ses usages, de sa mémoire, de ses saisons et de son caractère naturiste.

Un patrimoine vivant ne se conserve pas seulement par des discours. Il se conserve par l’entretien, la réparation, la présence, l’écoute, la transmission et la capacité à empêcher que la valeur d’un lieu soit extraite jusqu’à l’épuisement.

La Fondation ne devrait donc pas demander seulement : que peut produire le CHM ?
Elle devrait demander : de quoi le CHM a-t-il besoin pour rester vivant ?

La Commune et le territoire

La Fondation CHM devrait aussi servir la Commune de Vendays-Montalivet et le territoire qui accueille le site.

Le CHM fait partie de l’histoire, de l’économie, de l’image et de la responsabilité de ce territoire. Une structure d’intérêt public devrait donc chercher à renforcer la valeur locale du site : retombées mieux lisibles, entretien plus transparent, programmes culturels, mémoire partagée, rayonnement international et coopération respectueuse avec les autorités publiques.

Servir la Commune ne signifierait pas devenir un pouvoir parallèle. Cela signifierait proposer un outil capable d’aider le territoire à protéger un patrimoine exceptionnel sans le réduire à une simple source de rendement.

Résidents, visiteurs, familles et travailleurs

La Fondation devrait servir celles et ceux qui font exister le CHM au quotidien : résidents, propriétaires de bungalows, visiteurs réguliers, nouveaux venus, familles, enfants, personnes âgées, travailleurs, saisonniers, commerçants, prestataires et voisins.

Ces personnes n’ont pas toutes les mêmes intérêts. Elles ne vivent pas le CHM de la même manière. Mais aucune gouvernance sérieuse ne devrait penser l’avenir du site comme si elles n’existaient pas.

Servir ces publics ne signifierait pas donner à l’un d’eux le droit de posséder la mission. Cela signifierait reconnaître leurs expériences, leurs besoins, leurs inquiétudes, leurs savoirs pratiques et leur rôle dans la continuité humaine du lieu.

Un site naturiste ne se transmet pas uniquement par des statuts. Il se transmet aussi par les habitudes de confiance, les gestes d’accueil, les souvenirs d’enfance, le travail discret et les liens entre générations.

Les corps libérés de la honte

La Fondation CHM devrait servir une idée exigeante : le corps humain, dans sa diversité réelle, n’est ni honteux ni marchandisable.

Cette mission concerne les femmes, les hommes, les personnes non binaires, les personnes trans, les personnes intersexes, les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées, les corps blessés, gros, maigres, jeunes, vieux, ordinaires ou socialement jugés.

Le naturisme non sexuel peut offrir une expérience rare : être vu sans être réduit, être nu sans être disponible, être présent sans être vendu.

La Fondation devrait protéger cette culture de dignité corporelle, d’égalité et de non-stigmatisation. Elle devrait aussi résister à deux confusions opposées : la sexualisation imposée de la nudité, et la honte morale imposée aux corps.

Le naturisme comme culture vivante

La Fondation ne devrait pas servir seulement un site local. Elle devrait aussi servir le naturisme comme culture vivante : une pratique sociale, familiale, écologique, philosophique et corporelle qui mérite d’être expliquée, documentée et transmise.

Cela ne donnerait à la Fondation aucun droit de gouverner le naturisme mondial. Elle ne devrait pas parler au nom de tous les naturistes, ni remplacer les fédérations, associations ou institutions existantes.

Elle pourrait toutefois servir de centre de ressources, de mémoire, de recherche, de dialogue et d’expérimentation. Elle pourrait aider à rendre le naturisme plus intelligible pour les générations nouvelles, les pouvoirs publics, les chercheurs, les familles, les médias et les personnes qui n’ont jamais connu un espace de nudité sociale non sexuelle.

Servir le naturisme, ici, signifierait contribuer sans posséder.

Les générations futures

La Fondation CHM devrait enfin servir celles et ceux qui ne peuvent pas encore parler.

Les enfants d’aujourd’hui, les visiteurs de demain, les futurs naturistes, les habitants futurs du territoire et les générations qui hériteront du littoral aquitain devraient être présents dans les décisions, même silencieusement.

Une gouvernance qui ne pense qu’au présent peut sembler efficace. Elle peut aussi détruire lentement ce qu’elle prétend gérer.

Servir les générations futures signifierait ne pas leur laisser seulement des contrats, des dettes, des équipements fermés, des archives dispersées ou un site appauvri. Cela signifierait leur transmettre un lieu compréhensible, entretenu, vivant et encore capable d’accueillir la liberté corporelle sans honte.

Ce que la Fondation ne devrait pas servir

La Fondation CHM ne devrait pas servir :

  • l’extraction financière ;

  • la spéculation immobilière ;

  • la vanité d’un fondateur ;

  • la capture politique ;

  • le contrôle privé d’un patrimoine collectif ;

  • la communication sans entretien réel ;

  • la moralisation des corps ;

  • l’effacement des critiques ;

  • la protection d’une institution contre sa propre mission.

Elle devrait se méfier de toute situation où l’institution commence à préférer son confort à son devoir.

Une fondation peut trahir sa mission sans disparaître. Elle peut continuer d’exister juridiquement tout en cessant de servir ce pour quoi elle a été créée.

Principe directeur

La Fondation ne devrait pas demander d’abord : comment conserver notre pouvoir ?

Elle devrait demander :

qui ou quoi serait blessé si nous oubliions notre mission ?

Le CHM comme lieu vivant.
Le territoire qui l’accueille.
Les personnes qui le font exister.
Les corps que le naturisme libère de la honte.
Les archives qui risquent de disparaître.
Les arbres, les dunes, les chemins et les saisons.
Les générations qui pourraient hériter d’un lieu mieux transmis.

La Fondation CHM, si elle voyait le jour, devrait être jugée à partir de cette question simple :

sert-elle vraiment ce qu’elle prétend protéger ?