Fondation Centre Hélio-Marin

Protéger un lieu sans prétendre le posséder

La Fondation Centre Hélio-Marin est une proposition d’institution indépendante destinée à protéger durablement le Centre Hélio-Marin de Montalivet comme lieu naturiste, patrimoine vivant, milieu habité, paysage littoral et expérience collective. Elle n’existe pas encore juridiquement. Elle constitue une hypothèse de travail soumise à l’étude, à la discussion publique et à la comparaison avec d’autres modèles. Le projet part d’un constat simple : le CHM possède une valeur qui ne peut être entièrement représentée ni par son propriétaire foncier, ni par son exploitant commercial, ni par ses actionnaires, ni par une association particulière, ni par les seules personnes capables d’acheter une habitation ou un séjour. Le lieu est plus ancien que certaines sociétés qui l’exploitent, plus durable que les stratégies d’investissement successives et plus vaste que la somme de ses contrats.

Pourquoi une fondation ?

Une fondation permet d’affecter durablement des biens, des droits, des ressources et des compétences à une mission d’intérêt général. Elle ne repose pas sur l’adhésion de membres individuels et ne distribue pas ses excédents à des actionnaires. Sa légitimité dépend de la clarté de son objet, de la pluralité de sa gouvernance, de son indépendance et de sa capacité à protéger sa mission dans le temps long. Dans le cas du CHM, une fondation pourrait créer une continuité institutionnelle au-delà :

  • des changements d’exploitant ;

  • des ventes de sociétés ;

  • des stratégies de fonds d’investissement ;

  • des alternances municipales ;

  • des intérêts particuliers de propriétaires, commerçants ou groupes organisés ;

  • des modes touristiques et commerciales.

Elle ne supprimerait ni les entreprises, ni les associations, ni la Commune. Elle empêcherait simplement que l’avenir du lieu dépende exclusivement de l’institution momentanément la mieux financée ou la mieux placée pour décider.

Une mission de protection et de transmission

La Fondation aurait pour mission de protéger et transmettre :

  • l’identité naturiste du CHM ;

  • son histoire et ses archives ;

  • ses paysages, dunes, arbres, habitats et milieux vivants ;

  • sa fonction sociale et intergénérationnelle ;

  • les conditions d’une nudité sociale consensuelle, non sexuelle et respectueuse ;

  • les intérêts des personnes qui y vivent, y travaillent ou le fréquentent ;

  • les connaissances, récits, pratiques et expériences qui s’y sont développés ;

  • la capacité des générations futures à découvrir et réinventer ce lieu.

La Fondation ne chercherait pas à figer le CHM dans une image du passé. Protéger un patrimoine vivant signifie permettre son évolution sans abandonner sa raison d’être.

Gardienne de la mission, non gestionnaire universelle

La Fondation ne devrait pas nécessairement assurer elle-même les réservations, l’hébergement, les commerces, l’entretien, la restauration, l’animation ou la gestion quotidienne du personnel.

Ces activités opérationnelles pourraient être confiées, par contrat transparent, à une société coopérative d’intérêt collectif ou à une autre structure répondant à des garanties comparables de participation, de responsabilité et de limitation de l’extraction privée.

La répartition proposée serait donc la suivante :

  • la Commune conserve le foncier et exerce ses responsabilités publiques ;

  • la Fondation protège la mission, le patrimoine et le temps long ;

  • la SCIC organise les activités opérationnelles avec les parties prenantes ;

  • les associations poursuivent librement leurs objets propres ;

  • les résidents, salariés, propriétaires et usagers participent selon leurs relations effectives avec le site.

Une institution n’a pas besoin de tout administrer pour être utile. Elle doit surtout empêcher que personne ne puisse tout administrer seul.

Fonctions possibles

Sous réserve d'évaluations indépendantes sur les plans juridique, financier et démocratique, la Fondation pourrait notamment :

  • recevoir ou détenir des biens, droits, donations, legs et dotations ;

  • conclure un bail de longue durée ou bénéficier d’autres droits garantissant la continuité de sa mission ;

  • établir une charte opposable aux opérateurs du site ;

  • sélectionner et contrôler un exploitant selon des procédures transparentes ;

  • financer l’entretien patrimonial et environnemental ;

  • soutenir la recherche, les archives et la transmission historique ;

  • commander des études indépendantes ;

  • publier des rapports sur l’état du site et le respect de sa mission ;

  • soutenir des initiatives sociales, culturelles ou éducatives ;

  • participer à la prévention des discriminations liées au naturisme ;

  • établir des partenariats avec des universités, collectivités, associations et fondations ;

  • protéger certains actifs contre leur privatisation ou leur détournement de finalité.

La Fondation ne devrait pas être conçue comme un nouveau propriétaire absolu, mais comme une institution de garde, de continuité et de responsabilité.

Au service de qui ?

La Fondation ne servirait pas une catégorie unique de personnes. Elle devrait tenir compte des intérêts distincts :

  • des personnes résidant habituellement au CHM ;

  • des propriétaires d’habitations légères de loisirs ou de résidences mobiles de loisirs ;

  • des salariés ;

  • des vacanciers et autres usagers ;

  • des commerçants et prestataires ;

  • des habitants de Vendays-Montalivet ;

  • de la Commune et des autres collectivités concernées ;

  • des associations ;

  • des animaux résidents et autres êtres vivants non humains ;

  • objets inanimés tels que les roches, les pierres précieuses et les fossiles

  • des générations futures ;

  • du patrimoine naturiste, culturel et environnemental commun.

Ces intérêts ne sont ni identiques ni toujours compatibles. La mission de la Fondation ne serait pas de prétendre qu’ils le sont, mais d’organiser leur confrontation dans un cadre transparent et de protéger ceux qui disposent de moins de pouvoir économique ou institutionnel.

Pouvoirs limités, contrôles réels

Une fondation d’intérêt général ne devrait pas devenir une autorité morale incontrôlable. Sa gouvernance devrait notamment prévoir :

  • la déclaration publique des intérêts pertinents ;

  • l’interdiction pour un donateur ou partenaire d’acheter une fonction de contrôle ;

  • des mandats limités dans le temps ;

  • des règles de récusation ;

  • une représentation pluraliste ;

  • des comptes publiés et contrôlés ;

  • des décisions importantes motivées ;

  • des mécanismes d’alerte et de recours ;

  • l’évaluation régulière de l’accomplissement de la mission ;

  • la protection des lanceurs d’alerte et des personnes exprimant un désaccord de bonne foi.

La Fondation ne devrait pouvoir être contrôlée ni par un exploitant commercial, ni par la Commune, ni par une association, ni par les propriétaires d’habitations, ni par un grand donateur, ni par une fédération naturiste. L’indépendance ne signifie pas l’isolement. Elle signifie qu’aucun partenaire ne peut transformer sa contribution en droit de propriété sur l’intérêt général.

Une fondation ouverte aux alliances

La Fondation Centre Hélio-Marin ne serait pas nécessairement destinée à devenir une institution nationale centralisant tous les patrimoines naturistes. Elle pourrait choisir une autre voie : coopérer, mutualiser des ressources et constituer des alliances avec plusieurs fondations ou organismes poursuivant des finalités proches. Ces partenaires ne seraient pas nécessairement limités à la défense de la nudité sociale consensuelle et non sexuelle. Le CHM se situe au croisement de plusieurs causes qui ne peuvent être artificiellement séparées :

  • protection de l’environnement et des paysages ;

  • droits humains démocratiques et républicains ;

  • égalité et lutte contre les discriminations ;

  • féminisme ;

  • droits et intérêts des animaux ;

  • biodiversité ;

  • durabilité et sobriété matérielle ;

  • alimentation végétale et véganisme ;

  • santé publique ;

  • accès à la nature ;

  • patrimoine culturel ;

  • économie sociale et coopérative ;

  • justice intergénérationnelle.

Une fondation consacrée à la protection animale pourrait contribuer à la prise en compte des chats, oiseaux et autres êtres vivants du site. Une fondation environnementale pourrait soutenir les dunes, forêts et habitats. Une fondation féministe ou de défense des droits humains pourrait contribuer aux politiques de consentement, de sécurité et d’égalité. Une fondation consacrée à l’économie sociale pourrait accompagner une future SCIC. Aucune de ces organisations ne devrait absorber les autres. Elles pourraient créer :

  • des programmes communs ;

  • des fonds mutualisés ;

  • des appels à projets conjoints ;

  • des recherches partagées ;

  • des conventions de coopération ;

  • des structures de détention ou de sauvegarde communes ;

  • des mécanismes d’intervention rapide lorsqu’un site ou un patrimoine est menacé.

Le pluralisme institutionnel peut offrir davantage de résistance à la capture qu’une structure unique prétendant devenir compétente dans tous les domaines.

Des valeurs alliées, sans orthodoxie imposée

La coopération avec des organisations féministes, écologistes, véganes, démocratiques ou de défense des animaux ne signifierait pas que chaque personne fréquentant le CHM devrait adhérer à une doctrine complète. Une fondation protège une mission institutionnelle ; elle ne contrôle pas les consciences. Elle pourrait néanmoins affirmer clairement que le naturisme ne peut être durablement séparé :

  • du consentement ;

  • de l’égalité des personnes ;

  • de la protection des êtres vulnérables ;

  • du respect des milieux naturels ;

  • de la contestation des dominations injustes ;

  • de la responsabilité envers les générations futures.

La liberté individuelle ne consiste pas à considérer les autres corps, les animaux, les arbres ou le territoire comme des ressources disponibles sans limite.

Hypothèse à examiner :

Fondation Centre Hélio-Marin n’est pas présentée comme solution déjà validée. Sa création nécessiterait notamment :

  • des études de faisabilité indépendantes ;

  • des analyses juridiques du foncier, des baux et des contrats ;

  • des modèles économiques durables ;

  • des consultations auprès des différentes parties prenantes ;

  • des dialogues avec la Commune ;

  • des garanties pour les résidents, les salariés, les propriétaires et les usagers ;

  • des stratégies de transition ;

  • des partenaires fondateurs disposant de ressources suffisantes ;

  • des dispositifs de gouvernance capables de résister aux conflits d’intérêts.

La première proposition n’est donc pas : « adoptez cette fondation telle qu’elle est imaginée ici ». Elle est plutôt :

Étudions publiquement comment une institution indépendante pourrait protéger le CHM au-delà des intérêts et des propriétaires successifs, puis comparons cette possibilité avec les autres modèles disponibles.

Principe directeur :

La Fondation protège le lieu sans se l’approprier, protège la mission sans l’immobiliser et rassemble des ressources sans permettre à ceux qui les apportent d’acheter son avenir.